Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 09:47

 

Méthode du commentaire composé

 

 

1. Définition

Commenter un texte, c’est d’abord comprendre comment il est construit, comment il est structuré, comment il est fabriqué ; c’est ensuite rendre compte de cette fabricationdu texte en une démonstration organisée, systématique et explicite.

Ainsi, aucun commentaire n’est possible sans analyse des procédés utilisés par l’auteur pour créer du sens. Le texte à commenter doit être envisagé selon plusieurs perspectives différentes pour être analysé. Pour autant, rien ne remplace l’impression personnelle, l’appréhension intime du texte. Nulle grille de lecture ne peut constituer une recette miracle pour bâtir un commentaire. Inversement, sans un minimum de connaissances, le commentaire se transforme en paraphrase sans organisation, en blabla. Les perspectives d'étude qui suivent ne sont ainsi proposées qu’à titre indicatif, et nullement comme un passage obligé.

 

2. Les perspectives d’étude du texte

la perspective structurelle :

1. Où se situe le passage dans l’œuvre ? Quelle est son importance dans l’œuvre ? Comment ce qui précède lui donne-t-il du sens ? Comment donne-t-il du sens à ce qui suit ?

2. Comment est organisé le texte ? Est-il découpé en plusieurs paragraphes et pourquoi ? Le texte paraît-il organisé ? Quelle progression percevez-vous dans le texte ? Comment chacun des mouvements du passage succède-t-il à celui qui précède (hormis le premier) ? Quelle est la logique de progression d’une partie à l’autre ? Que vous apprend la progression thématique (à thème constant ? à thème dérivé ? à thème linéaire ? ruptures thématiques ?)

la perspective textuelle :

1. De quel genre le texte relève-t-il (récit, poésie, théâtre, argumentation, dialogue) ? De quel sous-genre1relève-t-il et comment les caractéristiques génériques sont-elles utilisées ?

2. Quels sont les types de textes utilisés (argumentatif, descriptif, narratif, explicatif) ?

3. Quels sont les registres utilisés (comique, tragique, pathétique, lyrique, satirique, polémique, didactique, épique) ? Quelle émotion l’auteur veut-il ainsi transmettre au lecteur ? Quel contenu veut-il mettre en valeur ? Quelles figures utilise-t-il dans ce cadre ?

la perspective rhétorique :

1. Quelles figures sont-elles utilisées et dans quel but ? Remarque-t-on plusieurs figures qui vont dans le même sens ? Les choix rhétoriques diffèrent-ils selon la partie du texte étudié ?

2. Le rythme du texte est-il marquant ?

3. Comment sont structurées les phrases ? Que nous apprend la grammaire dans le texte ?

la perspective énonciative :

1. [textes non purement argumentatifs] Quelle est la situation d’énonciation (niveau des personnages) ? Quelle importance a-t-elle pour la compréhension du texte ? A-t-elle une influence sur le sens du texte ?

2. [Tous les textes] Quel est le contexte d’énonciation (niveau de l’auteur) ? Que nous enseigne-t-il par rapport à la structuration du texte, aux choix génériques, rhétoriques, de types de textes et de registres ?

3. Qu’est-ce qui caractérise le système de l’énonciation (pronoms personnels, temps, modalisation, évaluation, lexique affectif) ? L’étude du schéma de la communication apporte-t-il des éléments à l’étude du texte (fonctions du langage, implicite) ?

la perspective historique et littéraire

1. De quel mouvement littéraire le texte relève-t-il ? Quels enseignements pouvez-vous en tirer ? Des perspectives préalables, lesquelles sont liées à celle-ci (ex. le lyrisme chez les Romantiques, la satire et l’ironie chez les philosophes des Lumières…) ?

2. Le texte étudié constitue-t-il une étape importante dans l’histoire d’un mouvement littéraire ? Constitue-t-il un jalon notoire ? Est-il inclassable ou ambivalent ?

3. Le texte se situe-t-il dans un débat littéraire d’époque (ex. le débat sauvage / civilisé au XVIIIe siècle) ou traversant les siècles (le rôle du poète) ?

4. Le texte se caractérise-t-il par l’utilisation d’un modèle littéraire ? Y a-t-il inspiration sur un modèle antique ou moderne ? Y a-t-il réécriture d’un ou de plusieurs textes ? Y a-t-il des allusions littéraires, culturelles, historiques ? Y a-t-il réécriture sérieuse et respectueuse ? plaisante et irrespectueuse ? Le texte se signale-t-il par sa grande originalité, sa rupture avec les modèles précédents ?

5. Que nous apprend le contexte historique sur le texte (texte de circonstance ? lié à une actualité ? à une question de société ? à des habitudes éditoriales, ou de lecture ?) ?

 

Remarques :

Sans un minimum de connaissances, aucun commentaire n’est possible. Les textes officiels, et par conséquent les examinateurs, supposent des notions précises dans chacune de ces perspectives, et exigent des élèves qu’ils soient capables de les utiliser sur n’importe quel texte.

Des questions supplémentaires ayant trait à des genres spécifiques peuvent s’ajouter à celles qui précèdent.

La réponse à toutes ces questions, ou du moins une partie d’entre elles, ne constituera jamais en soi un commentaire. Elle n’est qu’un préalable, nécessaire mais non suffisant, au commentaire organisé du texte.

 

3. La structuration et la rédaction du devoir

      Les analyses faites, il est temps d’organiser le devoir de façon à dérouler un plan. L’objectif est d’exposer un problème posé par le texte, dont la formulation permette de rendre compte, sans entrer forcément dans tous les détails, du sens du texte (autrement dit la problématique). Les analyses proposées devront donc être hiérarchisées. On commencera par les éléments les plus évidents dans le texte : ceux qu’une simple observation suffit à voir. On progressera ensuite en allant de plus en plus vers des éléments d’interprétation, seconds par rapport aux précédents. Le commentaire sera jugé satisfaisant lorsqu’il mettra au jour des éléments implicites, allusifs ou symboliques contenus dans le texte et mis en valeur par les analyses évoquées ci-avant.

      La structuration minimum suppose un plan en deux parties et deux sous-parties. Il s’agit de composer une réponse. L’organisation minimale impose logiquement deux ‘compartiments’ (sinon il y a désordre). Chacun des compartiments se décompose lui-même en deux (deux sous-parties par partie : 4). Chacun des sous-compartiments contenant au moins deux éléments d’analyse (une sous-partie pour une seule analyse serait un signe de mauvaise construction du devoir). Derrière ces chiffres, un peu artificiels à première vue, il y a une logique. Il y a aussi, en partie, une culture (pas seulement scolaire). En France, on aime la symétrie, et l’on privilégie le plan en deux ou trois parties (critique ou dialectique).

      Tout le devoir doit être rédigé. Aucune phrase ne doit être dénuée de verbe. Aucune subordonnée ne doit être isolée de la proposition principale dont elle dépend. L’on doit, du reste, s’interdire les formulations redondantes, imprécises et creuses. Il est exigé des élèves du vocabulaire technique bien utilisé dans le cadre d’une analyse de texte aboutissant à une interprétation. Il est aussi exigé une expression (écrite ou orale) correcte, claire, précise et de bon niveau. Les formulations familières, ou même désinvoltes et relâchées, a fortiori vulgaires, sont déplacées et sanctionnées. Aucune plaisanterie ne sera acceptée (à moins de venir en conclusion et d’être de bon aloi).

      Il est dommage d’avoir à rappeler qu’en un devoir de français la correction de la langue est un impératif. L’orthographe, la grammaire, la richesse du vocabulaire ne sont pas des options ! Elles sont invariablement sanctionnées de tous les correcteurs, même lorsque le devoir est cohérent et lisible. A plus forte raison, lorsque l’incorrection de la langue confine à la catastrophe linguistique, lorsque le correcteur ne peut plus comprendre ce qui est écrit, soit que cela soit du charabia, soit que cela soit illogique, la sanction ne touche pas seulement la maîtrise de la langue, mais aussi la clarté du propos ainsi que la validité des analyses et de la démonstration. Il est accepté de beaucoup qu’un devoir doit contenir moins de vingt fautes par feuille double pour commencer à n’être pas dévalorisé du point de vue de son expression. Ceci nécessite que les fautes de langue soient en petit nombre, puisque ce compartiment comptabilise aussi les lourdeurs, les maladresses, les tournures mal choisies, les formulations gratuites, redondantes et creuses.

Le commentaire est une démonstration. Tout ce qu’il contient doit non seulement être cohérent et pertinent, mais aussi démontré. Une analyse découle de ce qui précède, à moins d’être suffisamment observable pour constituer le début de la démonstration. Tout propos qui n’est pas raisonné, appuyé sur l’analyse précise et détaillée du texte ou construit, fait perdre de son efficacité à la composante démonstrative du devoir.

 

4. L’introduction et la conclusion

Moments stratégiques du devoir, l’introduction et la conclusion ne peuvent être rédigées qu’après que l’analyse du texte a été faite et qu’un plan problématisé et convenablement organisé a été conçu.

L’introduction

Elle présente les éléments qui vont être nécessaires à la justification de la logique adoptée dans l’organisation de la réponse, située dans le développement. C’est la problématisation qui s’y joue. S’il n’est pas nécessaire (à un niveau lycée du moins) d’avoir une belle problématique bien tournée et bien visible, il l’est en revanche de présenter correctement le texte. D’ailleurs, il est préférable de ne pas avoir de problématique que d’en proposer artificiellement une qui ne corresponde à rien. Les exemples dans ce domaine sont souvent navrants et ridicules.

Pour problématiser l’étude du texte, autrement dit pour orienter la démonstration vers l’interprétation, il faut recontextualiserle texte. Cela se fait en deux temps :

présentation du contexte (l’auteur s’il est connu, la période et le mouvement littéraire, le thème majeur et le genre)

présentation du texte (résumé en deux phrases maximum du contenu, synthèse concernant l’intérêt du texte)

Ensuite vient la problématisation (ou hypothèse d'étude) :

amener la problématique en s’appuyant sur ce qui précède

proposer la problématique (sous forme de question ou non, ce n’est pas une obligation)

Enfin vient la présentation du plan

le plan est en lien direct avec la problématisation. Il doit en découler logiquement, puisqu’il n’est qu’une réponse démonstrative au problème formulé par la problématisation.

la formulation sous forme affirmative n’est pas un passage obligé. Les questions sont utiles ici.

les axes de lectures doivent démontrer quelque chose. Toute formule creuse (du type : les personnages) est à exclure. Ce sont ici d’hypothèses explicites dont on a besoin.

la présentation idéale du plan consiste à présenter aussi les sous-parties et à montrer ainsi la logique du développement.

 

La conclusion

C’est un bilan concis du propos développé dans le devoir sur lequel on s’appuie pour lancer une discussion nouvelle. Elle s’organise en deux temps.

la synthèse des éléments développés, en changeant majoritairement les formules du devoir. Tout le raisonnement doit paraître en un coup d’œil.

la relance du propos :

par un élargissement à une autre question liée directement à ce qu’on a montré

par une comparaison rapidement explicitée avec un autre texte similaire, ou opposé

par l’utilisation d’une citation dont le texte étudié serait une bonne illustration

Il est coutumier de dire qu’on propose là son avis personnel. C’est vrai, mais il serait faux de dire que ce n’était pas le cas avant. Le plan proposé, les analyses choisies, la démonstration tout entière doit comporter la marque personnelle du candidat. Cependant, il ne s’agit pas d’une opinion. Même personnalisé, le propos reste démonstratif . C’est toujours le cas dans une conclusion, même si l’on peut y formuler des hypothèse impliquant plus la personne qui les propose. Il est ainsi hors de question de se « lâcher » sur un auteur (dans un sens comme dans l’autre).

 

Notes

1 Il existe de si nombreux sous-genres qu’il serait à la fois fastidieux, inefficace et contre-productif de les citer tous. Néanmoins, le programme étant organisé en objets d’étude, le candidat est censé être préparé à l’étude analytique de ces genres. Certains genres, abordés depuis le début de la scolarité (récit, théâtre et poésie), ne sauraient être ignorés.

Par Le vicomte
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