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"La langue est la représentation fidèle du génie des peuples, l'expression de leur caractère, la révélation de leur existence intime, leur Verbe pour ainsi dire." Michelet Histoire de France
Analyse de À la lumière d’hiver de Jaccottet
Leçons
- Ce qu’un écolier doit apprendre. Enseignement donné par un maître.
- Conseils, règles de conduite donnés à une personne.
- Texte ou fragment de texte tel qu’il a été lu par le copiste ou l’éditeur (lecture, variante).
En latin lectio, onis f. vient de legere cueillir [cf. legulus celui qui cueille les olives, le raisin], choisir, parcourir un lieu | recueillir par les oreilles, par les yeux, lire.
1. premier poème (p. 9)
Le poème se présente sous la forme d’une succession ternaire de trois phrases injonctives (subjonctif injonctif) dans une progression à thème constant (« il » x 2) puis à thème dérivé (« sa droiture » : métonymie abstractive désignant une valeur et une attitude = syllepse). Le premier énoncé porte sur une donnée spatiale (cf. c.c. de lieu supposant un double enfermement « dans l’angle de la chambre »), transmise par un verbe d’état (se tenir). Le deuxième est un engagement à l’action (mesurer). Le troisième de même, mais avec une progression dans les procès du spatial (énoncé 1) vers l’intellectuel (énoncé 2 et surtout 3).
Le verbe déclenchant le procès du deuxième énoncé constitue une syllepse lui aussi (lecture physique : ‘métrer’, champ lexical de la géométrie, confirmée par « le plomb » [le fil à plomb] ; lecture intellectuelle : ‘estimer’, confirmée par les verbes questionner et se rappeler). Cette double lecture (sylleptique donc), se poursuit dans le thème dérivé qui ouvre l’énoncé suivant, faisant écho au champ lexical de la géométrie (« l’angle », « mesurer », « les lignes », « fin », « droiture », « dévier »).
L’expression les « lignes que j’assemble » sont le pivot de ce court poème. Non seulement elles font le lien (par la syllepse) entre les champs lexicaux mis en relation, mais elles désignent par métonymie l’écriture poétique, s’associant au surgissement de la P1 (la première du recueil, en opposition forte avec la P3 ici). Ces « lignes » sont l’expression presque dénudée du caractère langagier du poème, elles spatialisent l’intellectuel (comme « la lumière d’hiver », « Pensées sous les nuages » ou encore « chant d’en bas »[1]). Cette expression (« les lignes… sa fin ») forme une périphrase désignant le travail poétique de deuil (sa fin), objet de rappel (passé vers présent) et de questionnement (présent vers futur).
L’énonciation se modifie dans le troisième énoncé puisque le sujet ordonnant (le je) devient objet d’une attention demandée (« que sa droiture garde ma main d’errer ou de dévier »). Les rimes, remarquables en ce qu’elles sont peu fréquentes dans le recueil, renforcent l’impression d’une distance entre il et je déjà évidente dans le premier énoncé, déclinée temporellement dans le deuxième (jadis associé au passé composé, sa fin) et intellectuellement dans le troisième (le il semble jouer là le rôle du maître). Si mesure et droiture font partie du même champ lexical, ils sont aussi le lieu d’une même syllepse rassemblant il et je (celui qui mesurait, celui qui écrit). Ces deux termes, mélioratifs, traduisent une image valorisée de l’autre, qui contraste avec celle du poète. Ainsi j’assemble rime avec tremble, donnant l’impression d’un travail incertain, d’une tension, voire d’une possibilité de repentir (comme le suggère déjà le titre, au pluriel [cf. sens 3], puisque plusieurs lectures sont possibles, c’est qu’il y a relecture, la main ayant tremblé).
[1] Notons à ce sujet un point commun entre ces titres. Ils associent une donnée sensible à un effet intellectuel (leçon : le moment où l’on apprend et ce qu’on a appris ; lumière d’hiver : lumière non aveuglante et froideur, lucidité ; Pensées sous les nuages [d’autant que pensée vient de la famille de peser] et chant d’en bas [chant désignant aussi la poésie dans le sens latin, et en bas désignant à la fois une portion d’espace et le royaume des morts]).
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